Sans doute, avez-vous déjà entendu parler de Christian Clarke de Dromantin, le fondateur de Patrivia et du Pass Patrimoine ? Pour ma part, je l’avais vu une fois seulement au cours d’une conférence au Salon du Patrimoine Culturel l’année dernière… Dès lors, je l’avais classé dans le cercle très fermé des individus de mon âge, brillants et devenus inaccessibles par leur réussite fulgurante. Lorsque j’ai été mise en contact avec lui, j’ai tourné sept fois ma langue dans ma bouche avant de décrocher mon téléphone par peur de dire une bêtise…

Au bout du compte, j’ai découvert un garçon abordable, optimiste, un esthète passionné et passionnant qui porte en lui une foi immense en l’humanité. À trente-trois ans, cet incorrigible rêveur porte un projet colossal, mais il fait preuve d’une humilité déroutante et martèle sans cesse que le facteur clé de succès numéro un c’est le travail. À la fin de notre entretien, il m’avait redonné envie de croire en mes rêves et de me lancer à mon tour…

« L’état d’esprit de Patrivia, c’est de participer à la démocratisation du patrimoine pour le plus grand nombre, notamment en œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine. »

Bonjour Christian, pouvez-vous nous rappeler ce qu’est Patrivia ? Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Patrivia a été créé en septembre 2016, il s’agit de la première billetterie en ligne au service du patrimoine. Nous mettons en relation des gestionnaires de lieux avec des visiteurs pour des achats de billets destinés aux visites et aux événements dans les châteaux, musées et jardins. Aujourd’hui, nous travaillons avec plus de 400 lieux entre la France et la Belgique. En octobre 2019, nous avons lancé le Pass Patrimoine en partenariat avec la Fondation du patrimoine et la Mission Stéphane Bern ; c’est le premier abonnement dans le patrimoine ! Le concept est simple : pour 79€ avec un Pass Solo ou 149€ avec un Pass Duo vous pouvez visiter 400 monuments en illimité pendant 1 an. Pour accélérer notre visibilité, nous avons également racheté, en début d’année, J’aime mon patrimoine, le plus gros média en ligne dans le patrimoine.

Quel est le fer de lance, la motivation première de Patrivia ?

L’état d’esprit de Patrivia, c’est de participer à la démocratisation du patrimoine pour le plus grand nombre, notamment en œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine. Patrivia est un outil de médiation pour apporter des revenus aux gestionnaires de lieux. Par ailleurs, nous reversons 10% de notre marge, réalisée avec le Pass Patrimoine, à la Fondation du Patrimoine pour les projets de restauration de la Mission Stéphane Bern.

«Arrête un peu de rêver, pose tes rêves sur du papier et commence à les réaliser un par un ».

J’aimerais revenir sur vos expériences passées, pouvez-vous me dire où avez-vous grandi et quel a été votre parcours ?

Je suis Bordelais, j’aime particulièrement ma région et je trouve que Bordeaux est l’une des plus belles villes du monde. J’ai commencé à travailler dans le luxe entre Paris et Londres. D’abord dans le diamant chez De Beers, puis j’ai intégré la maison d’un joaillier qui réalise uniquement du sur-mesure. Ensuite, j’ai continué à faire mes armes dans l’événementiel, principalement dans l’univers de la mode, du luxe et du cinéma. J’ai adoré ce que j’ai fait. Mais deux constats m’ont incité à emprunter une nouvelle voie : mon bien le plus précieux est le temps, je n’étais plus prêt à le louer à quelqu’un d’autre, et je cherchais davantage de sens dans ce que je faisais.

Lorsque vous étiez enfant, quelle était votre personnalité ?

Pendant mon parcours scolaire, j’ai approfondi mes études, en passant un peu plus de temps que mes petits camarades sur les bancs de l’école. Il faut croire que le sport était plus intéressant que les mathématiques. Un jour, alors que je parlais avec un cousin qui m’expliquait, avec beaucoup de sérieux, qu’il avait pris un retard important sur les étudiants d’Harvard en faisant une école de commerce parisienne… j’ai vraiment compris à ce moment-là qu’il fallait que je redouble d’efforts pour arriver à mes fins, que pour réussir il allait falloir se battre. De là est née une certaine forme de revanche à prendre sur la vie.

J’ai toujours été un grand rêveur, très contemplatif. Un jour, ma mère m’a dit : « arrête un peu de rêver, pose tes rêves sur du papier et commence à les réaliser un par un ». J’ai pris conscience plus tard que, de cette simple phrase, est née mon envie d’entreprendre et de me réaliser.

« Si vous ne pouvez pas entrer par la porte, entrez par la fenêtre, si vous ne pouvez pas entrer par la fenêtre, entrez par la cheminée. Mais vous allez entrer coûte que coûte. »

L’entrepreneuriat, c’était une évidence pour vous ?

Non pas forcément au départ. Lorsqu’on se lance on fait un constat, on se demande pourquoi cela n’a pas été fait, puis on se dit qu’il faut absolument répondre à tel besoin.  Vient ensuite un questionnement : « Pourquoi pas moi ? Après tout, l’idée est bonne et le timing intéressant. Mais quelle va être ma légitimité ? Allez, je peux le faire, je vais le faire ! Mais non, si personne ne l’a fait c’est qu’il y a sûrement une bonne raison ! Allons un peu de courage, qu’as-tu à perdre ? Et si je le faisais étape par étape ? Après tout je ne risque rien d’essayer… »

Il faut avoir envie de changer le monde. Pour certaines personnes, c’est du courage, pour l’entrepreneur c’est devenu une évidence. C’est aussi une forme de folie certes, mais une folie mesurée ! Une fois la décision prise, rien ne peut plus m’arrêter, j’ai 10 bras et 20 jambes, mon idée va révolutionner le système, plus rien ne sera comme avant…

La notion de courage est intéressante car nous l’exprimons tous de manière différente. Par exemple, l’autre jour, je discutais avec un couple très amoureux qui cheminait vers le mariage. Eux me disaient : « Tu es super courageux, tu as quitté ton boulot pour monter ta boite » et je leur ai répondu : « oui et vous, vous voulez vous marier pour toute la vie, alors qui sont les plus courageux d’entre nous ? ». Nous avons tous des qualités et des points d’améliorations. Ce que je retiens, c’est que rien n’est donné dans la vie et que le courage, comme la volonté, cela s’apprend et se travaille partout où nous allons. Arrêtez de rêver, commencez à réaliser !

Selon vous, quels sont les grands traits d’un entrepreneur ?

Lorsque nous avons créé Patrivia, beaucoup de gens nous ont dit : « nous y avions pensé mais nous ne l’avons pas fait ». Je crois qu’il faut savoir faire preuve d’un certain lâcher prise et il faut croire en soi plus que les autres ne croient en nous.

Ensuite, la clé c’est le travail, toujours le travail… Et puis je crois que la réussite est dans la résilience, plus vous allez croire en votre idée, plus vous allez travailler, plus elle a de chance de fonctionner. Il faut partir de ce principe simple : les autres ne sont pas meilleurs que vous, si quelqu’un d’autre peut le faire alors vous aussi. Si vous commencez à voir le verre à moitié vide, vous ne ferez jamais rien. Il faut se lancer et accepter que vous allez faire des erreurs mais que de ces erreurs vous allez beaucoup apprendre. Il faut mieux avoir des remords que des regrets !

Je pense aussi qu’il est important de savoir écouter et se remettre en question. Il y a des conseils pertinents, donnés par des personnes qualifiées, à bien prendre en compte. Mais il y a aussi un grand nombre de personnes qui n’ont pas l’expérience, la connaissance ou le recul pour vous donner un avis constructif. Il faut savoir passer au-dessus de ce genre de commentaires qui ont tendance à vous démoraliser plus qu’à vous motiver. Si vous ne pouvez pas entrer par la porte, entrez par la fenêtre, si vous ne pouvez pas entrer par la fenêtre, entrez par la cheminée. Mais vous allez entrer coûte que coûte.

Fuyez les personnes qui éprouvent le besoin de vous abaisser pour essayer de s’élever. L’entrepreneuriat c’est savoir bien s’entourer avec des personnes à l’état d’esprit solide, positif et constructif.

Chez Patrivia, on essaie humblement, et à notre échelle, de faire grandir les personnes. Mettez en valeur les qualités de chacun, responsabilisez vos équipes, elles ne demandent que cela : être considérées et s’épanouir au travail dans une ambiance qui pousse à se dépasser.

Ce n’est pas toujours évident mais cela vaut le coup d’essayer, vous seriez étonnés du résultat. La gestion humaine est l’un des points les plus compliqués dans l’entrepreunariat. Trouver des bons profils et savoir bien s’entourer est la chose la plus difficile. Avec une bonne équipe et un mauvais projet vous pourrez toujours rebondir, alors que le contraire n’est pas toujours vrai.

Après, c’est à vous de bien communiquer, il faut savoir dire à chacun « je crois en toi, si tu es là c’est parce que tu as été choisi pour tes qualités. Tu vas faire des erreurs mais ce n’est pas grave. L’erreur serait de ne pas essayer. Ne t’attends pas à ce que j’ai toutes les bonnes idées, on est circuit court on se parle, ton idée est chouette, réalise là, je te fais confiance. »

D’ailleurs, qui sont ces personnes qui vous entourent au quotidien chez Patrivia ?

Nous avons beaucoup de chance : nous sommes trois associés avec chacun un domaine de compétence bien précis et complémentaire, cela nous a permis d’attirer de chouettes personnes.

Parmi les associés il y a Maunoir qui s’occupe du catalogue et de la partie finance, Benjamin en charge du développement informatique et moi-même qui m’occupe de la distribution. Ensemble, nous avons recruté Anne-Gaëlle qui écrit avec passion pour J’aime mon patrimoine, Marie qui gère les réseaux sociaux d’une main de maître et Anne qui s’occupe de la relation clients avec beaucoup d’empathie.

Quelles ont été les difficultés majeures au cours de la création de ce projet ?

Cela va toujours moins vite que ce que l’on espère, c’est très frustrant. Trouver un bon développeur, fiable et impliqué, a été vraiment compliqué. C’est vraiment une population à part qui ne se rend pas toujours compte des répercussions de leurs actions. Prochaine entreprise, je libère ce marché !

Après, il a fallu se faire connaître auprès du grand public. C’est toujours une étape importante dans la vie d’une start-up. Nous avons la chance de travailler avec les bonnes personnes et un bon timing, dans un bel univers qui plait et qui parle aux gens.

Patrivia est arrivé au bon moment, avec la création de la Mission Stéphane Bern qui abat un travail considérable, notamment avec le Loto du Patrimoine. L’incendie effroyable de Notre-Dame a également fait prendre conscience aux gens qu’il faut se mobiliser. Il y a une digitalisation du patrimoine qui le rend accessible. On veut se battre pour les personnes qui aiment le beau parce que le beau ça fait du bien.

Saviez-vous qu’au Canada les médecins peuvent prescrire des visites de musée ? Alors arrêtez d’acheter du Doliprane, prenez des Pass Patrimoine !

« En France[…], vous changez constamment d’univers, de culture, de tradition, de patrimoine, de gastronomie, d’architecture, c’est vraiment incroyable. »

Qu’est-ce qui vous rend fier ?

Ce n’est pas une question évidente… Sur le plan personnel, j’ai voulu travailler ma volonté, j’ai donc entrepris l’ascension du Kilimandjaro dans des conditions compliquées, l’eau a gelé dans nos sacs. Physiquement c’était dur, j’ai cru que je n’allais pas y arriver. Et là ça vous apprend la résilience, vous continuez d’avancer pas à pas dans le froid. Lorsque vous arrivez au sommet vous êtes fiers d’avoir réussi. Sur le plan professionnel, ma vraie fierté c’est de travailler avec une belle équipe, des chouettes personnes, dans une bonne ambiance avec un projet qui a du sens.

J’apprécie tout particulièrement de participer à la démocratisation de la culture, notamment grâce à des actions philanthropiques que nous menons auprès des enfants éloignés du champ culturel. Si vous voyiez leurs sourires et le bonheur que cela leur procure…Le clou du spectacle a été le moment où les enfants ont trouvé des bébés grenouilles. Cet instant magique où vous vous rendez compte que vous avez humblement le pouvoir de changer les choses à votre échelle. C’est également l’occasion de leur transmettre les valeurs de l’entrepreneuriat, le sens du travail, l’esprit d’équipe, la difficulté de gérer une entreprise ou un château, bien loin des clichés que l’on peut avoir et leur rappeler que l’homme est le seul animal à s’apitoyer sur son propre sort et que le seul moyen de s’en sortir dans la vie c’est de travailler dur, de positiver et d’être résilient.

Quelque chose qui vous empêche de dormir ?

Une série (rires), ou bien des idées d’améliorations de Patrivia et des idées de création d’entreprises, je peux partir dans des réflexions sans fin, des choses auxquelles je n’avais pas pensé et là c’est parti pour une nuit blanche…

Vous voyagez beaucoup ?

J’ai voyagé sur plusieurs continents, j’aime particulièrement découvrir des nouvelles cultures. Et même si les français sont réputés comme les pires touristes du monde (rires), je suis comme une éponge avec une soif d’apprendre. J’ai adoré visiter les territoires de l’hexagone, me promener dans des pays d’Afrique et du Moyen-Orient, où l’on peut découvrir des paysages incroyables et ressentir des émotions à travers des expériences uniques, c’est vraiment magique.

Un endroit coup de cœur ?

J’en ai beaucoup, j’aime particulièrement les jardins de Versailles, je suis émerveillé par les balades de nuit dans Paris, j’avais adoré marcher sur les plages de Zanzibar. Pour autant je trouve que l’on n’a pas besoin de partir au bout du monde pour voir de belles choses. En France, on vit dans le plus beau pays du monde. Quand vous voyez Gordes dans le Luberon, visitez le Château de Canon ou parcourez Bordeaux, vous vous rendez compte de la chance que l’on a ! En France, vous changez constamment d’univers, de culture, de tradition, de patrimoine, de gastronomie, d’architecture, c’est vraiment incroyable.

Un rêve un peu fou ? 

J’en ai plein… (rires) L’ascension du Kilimandjaro et créer mon entreprise c’était un rêve ; j’avais ce désir de créer de la valeur, des emplois et de faciliter la vie des personnes en répondant à des problématiques pour trouver des solutions.

Et sinon en rêve un peu plus fou et abstrait, j’adorerais, par exemple, tailler un château dans la roche…(rires) ou faire un tour de monde dans un trois mats, du genre de l’Hermione.

Et dans 10 ans où serez-vous ?

Dans 10 ans, Patrivia sera leader européen et moi je serai peut-être déjà sur un autre projet…

Merci à Christian Clarke de Dromantin pour son temps précieux.