Cette semaine, j’ai rencontré l’étonnante Ana Couperie, décoratrice de la Poterne de Fleury. Impressionnante de par son parcours, cette native des Açores n’en est pas moins chaleureuse ; en bonne élève, j’avais préparé mon interview mais finalement nous avons tout traité dans le désordre et c’était bien plus chouette ! Pleine d’humour, de son accent chantant, témoin d’une vie entière de baroudeuse, elle revient sur ses projets déco pour Pierres d’Histoire et me conte le récit passionnant de sa vie d’où elle puise toute son inspiration.

Bonjour Ana, alors c’est vous qui avez décoré toute la Poterne ! Racontez-moi un peu !

Apres avoir participé à la conception des premières maisons du Hameau de Courances, j’ai voulu décorer la Poterne afin d’apposer ma signature à l’histoire de Pierres d’Histoire   !

La Poterne est une ancienne tour de garde du château de Fleury sur trois niveaux. La déco de la Poterne a été jusqu’ à oser une refonte de la structure du lieu récemment restauré pour en faire un lieu avec deux chambres au lieu d’une. En effet, lorsque Dominique a pris la gestion du lieu, dans son esprit et celui du propriétaire, c’était une chambre et deux pièces : une pièce intermédiaire qui était la salle à manger et la pièce du bas qui était le salon. Ça avait été conçue comme ça au départ. Or quand j’ai vu la configuration des lieux, j’ai trouvé ça un peu incohérent d’avoir une seule chambre et deux pièces de vie : on ne descend pas d’une pièce pour aller dans une autre ! Donc Dominique a pris en compte ce point et a fait transformer les lieux de manière à avoir deux chambres et une vraie pièce à vivre au premier niveau, c’était plus logique : dans un si petit espace on ne s’éparpille pas dans tous les étages.

Quelles ont été les difficultés majeures de ce projet ?

La contrainte majeure c’était que c’était très petit. Il y a eu aussi cette pièce du milieu, avec des garde-corps devant les fenêtres, qui m’avait beaucoup embarrassé au départ. Je voulais la transformer en chambre mais je me disais « comment faire pour donner un côté convivial à cette chambre avec cette contrainte ? ». Mais finalement le challenge a été relevé.

Quel esprit avez-vous souhaité donner à la Poterne ?  

L’esprit Pierres d’Histoire ! Celui de la maison de famille qui a déjà un vécu. En fait, il faut opérer un subtil mélange entre maison de famille ayant toujours été là et grand confort hôtelier. A mon sens, les gens sont à la recherche de lieux atypiques mais avec des exigences de grand confort. Il fallait donc trouver un juste équilibre entre meubles anciens et modernes.

Lorsque tout a été terminé, je m’en souviens, c’était un 22 décembre j’ai invité Dominique et le propriétaire a déjeuner. Je leur ai donné les clés et ils ont découvert le lieu ensemble. Et ouf… ils ont adoré !

Cet esprit maison de famille, c’est aussi un peu votre style déco personnel, celui qu’on retrouve chez vous ?

Oui, les lieux dans lesquels je vis ont besoin d’une âme sinon j’ai l’impression d’être dans un catalogue de la Redoute. Je ne supporte pas. Il faut que la maison donne cette impression de la Maison de Famille ou j’ai toujours vécu depuis mon enfance. Je ne conçois pas les choses autrement. Mais on n’est pas dans le cliché des vieilles maisons de campagnes, poussiéreuses, c’est dans des standards moderne mais on a l’impression qu’elle a toujours vécu.

En vous écoutant ça à l’air finalement d’être la chose la plus difficile à réaliser ?

C’est mettre du vivant, de l’âme. Un endroit peut -être très joli, si c’est trop froid, trop précieux, trop décoré on a plus envie de rester ; on a peur de déranger, de casser, on se sent à l’hôtel donc on n’est pas vraiment chez soi. Or dans une maison qui est froide, on n’a pas envie de rester car on a l’impression de déranger même les meubles (rires).

C’est ça la difficulté : faire en sorte que tout le monde se sente immédiatement comme chez soi. C’est un état d’esprit. Mais on l’a ou on ne l’a pas. Bien sur l’expérience peut donner quelques clés…mais c’est avant tout à mon avis  quelque chose d’innée.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans mon éducation, dans ma façon de vivre ; depuis que je suis petite, je vis dans ce qu’on appelle les Quintas. Je suis née aux Açores, je suis portugaise d’origine, j’ai vécu toujours dans des propriétés, c’étaient nos maisons de famille ; il y avait les meubles de famille mais aussi les ajouts des meubles de Maman. Il y avait toujours ce côté un peu moderne dans l’ancien ; vouloir apporter un peu de modernité dans l’ancien. Et j’ai ensuite vécu ma première vie de femme dans l’une des dix plus grandes familles portugaises, ce qui m’a conduite à vivre dans d’immenses propriétés absolument sublimes en Afrique, au Brésil, à droite, à gauche. Donc en étant baignée dans ces beaux meubles, dans cet esprit XVIIIème, j’avais une espèce de patine. Et aussi, je dois dire que j’ai puisé pas mal dans mes voyages : en voyant les autres, on apprend beaucoup, notamment sur le confort et les petits détails qui nous enrichissent. Car en réalité la déco, ce n’est que du détail : un bouquet de fleurs ou une lampe bien placée, un tableau. Le choix des matériaux, des couleurs, des rideaux, des couvres lits, des pots de fleurs. Je ne suis pas certaine d’avoir un goût sûr mais je suis certaine de savoir ce qu’il ne faut pas faire…

Alors parlons-en ! Quelle est l’erreur à ne jamais commettre ?

Le choix des matériaux ; il vaut mieux faire moins avec de belles choses plutôt que de surcharger avec beaucoup d’éléments sans aspérité. Ensuite, le mélange des couleurs, c’est comme les vêtements, lorsqu’on porte plus de trois couleurs sur soi, ça ne va plus. En déco c’est pareil, il faut que les couleurs soient harmonisées entre elle, il faut que tout colle, il suffit d’un détail ; un vase qui ne va pas avec les rideaux et les murs. Vraiment l’harmonie des couleurs, c’est une règle.

Et justement vous avez des couleurs favorites ?

Il y a des couleurs du temps, il y a des couleurs qui sont plus à la mode que d’autres. Je suis de la génération des taupes, des marrons glacés, des tons un peu sourds, des gris, des beiges. Je n’aime pas le jaune pour le jaune, ni le rouge pour le rouge. Aujourd’hui, il y a un esprit vintage qui apporte ces couleurs-là de nouveaux. Mais moi je ne suis pas de cette génération. Encore que par exemple à la Poterne, j’ai mis du jaune dans une chambre : les garde-corps en fer forgé m’évoquaient l’enfermement alors j’avais besoin de mettre un coup de soleil. Donc j’avais trouvé des coussins avec un peu de jaune mais le jaune pour moi n’est pas une couleur de déco, c’est trop délicat.

Qu’est ce qui change tout d’après vous en déco ? J’imagine que cela doit dépendre des lieux …

Oui, mais pour Pierres d’Histoire c’était le choix des tableaux et des bibelots, ce sont les accessoires qui font l’habillage des lieux qui sont très importants, un peu comme dans la mode…

Par exemple, avant qu’on ne change complètement la configuration des lieux à la Poterne, il y avait cette pièce intermédiaire, la salle à manger, et le salon en bas dans lequel il y avait une cheminée condamnée. C’était devenu une obsession de l’habiller parce que, pour moi, il n’y a pas pire dans un lieu que d’avoir l’impression d’avoir une cheminée dans une pièce alors qu’elle ne fonctionne pas. Autant l’enlever ! Parce que ce n’est même pas décoratif. Alors j’étais partie des jours et des jours à Drouot pour trouver un pare-feu XVIIIème avec un bouquet de fleurs, c’était très à la mode au XVIIIème on dessinait avec des paons, des oiseaux, des couleurs sourdes. Je voulais un panneau qui justifie le fait de cacher cette pièce. Et tout ma décoration dépendait de ça ; des couleurs de ce panneau, de la façon dont j’allais le poser etc… Finalement, lors de la reconfiguration ce pare-feu n’avait plus lieu d’être puisqu’aujourd’hui c’est une cuisine. Il a fallu déconstruire tout mon plan dans ma tête, tout détricoter.

Quels sont vos meubles de prédilection ?

Il n’y a pas de meubles de prédilection, ça fait partie d’un tout mais bon c’est vrai qu’un joli meuble XVIIIème c’est une merveille. Une jolie commode, un joli buffet, ce sont toujours de très belles pièces. Il n’en faut pas beaucoup mais il faut que ce soit très beau.

 Qu’est-ce qui vous lasse en déco ?

La mode, la tendance ! En déco il faut un côté intemporel qui traverse le temps ! Avec ce côté vécu, mais qui ne fasse pas trop marqué de son temps non plus. Par exemple les années 70 c’est hyper marqué, on le voit tout de suite « ah ça c’est les années 70 », je n’aime pas. J’aime cette mode intemporelle qui traverse le temps. Et pour traverser le temps, il faut du confort et de l’ancien. Il faut toujours revenir un peu à l’ancien, mais attention le vrai ancien ! Un joli meuble dans une pièce très moderne c’est toujours extrêmement joli et ça peut faire toute la différence. Après, on construit autour, on ajoute du moderne, du local comme j’avais fait quand je vivais en Asie par exemple.

Un peu comme Ines de la Fressange avec le vêtement ?

Oui c’est exactement ça ! Voilà c’est bien défini ! La déco Pierres d’Histoire doit être ce qu’Ines de la Fressange est pour la mode ! C’est exactement ça ! C’est-à-dire ce mélange de modernité, de glamour, mais aussi très raffiné ; il faut que ce soit raffiné et qu’il y ait un rappel des origines ! Quel est le lieu ? C’est un château XVIIIème ? Ok, il faut des pièces XVIIIème, pas que ça mais un rappel ! C’est ce qu’Ines fait avec sa mode ! Vous avez défini exactement ce que qu’est la déco Pierres d’Histoire.

Vous avez des adresses favorites en déco ?

A Paris il y a bien sur Drouot qui est une véritable réserve de merveilles. Mais il y a aussi les brocanteurs. Pour le projet de la Poterne, le marché de la porte de Vanves à Paris et plus particulièrement un brocanteur à Fontainebleau. C’est chez lui que j’ai donné une partie de l’âme du lieu avec le paon de l’escalier, le lustre de la chambre du haut et la petite console dans l’escalier. Rien n’était recherché tout s’est imposé comme une évidence. Mais sinon je n’ai pas d’obsession particulière. Il y a vingt ans dans les années 90, j’ai été très fan de Maison Flamand, ce sont des belges, en général les belges ont beaucoup de goût. Ils savent harmoniser les situations, les décors… Quand je vais en Belgique, j’adore aller voir les antiquaires et en Angleterre n’en parlons pas. A côté de Chelsea, où je vais quand je suis à Londres j’ai envie de tout ramener. Mon mari me dit « tu es folle, comment tu peux ramener tout ça » ? (Rires)

Mais j’adore tout ce qu’ils font : les grands châteaux anglais c’est une pure merveille, c’est feutré, c’est cosy, il y a toujours de la fantaisie alors qu’en France c’est plus sévère, carré ou alors très baroque. C’est cette fantaisie que j’aime chez les anglais ; on peut avoir quelque chose d’ultra classique, et tout un coup un détail qui nous fait nous dire « ça c’est anglais ».

Dans vos rêves les plus fous, quel endroit aimeriez-vous où auriez-vous aimé décorer ?

J’aurais adoré faire l’hôtel Costes. Vous savez, à l’époque c’était une révolution dans l’hôtellerie en France. Aujourd’hui c’est un peu vieillot mais par rapport aux très classiques Crillon, George V, Meurice, c’était révolutionnaire ! J’aurais adoré faire ça !

J’aurais aussi aimé faire une boutique-hôtel ou alors carrément prendre un château et tout refaire de A à Z parce qu’il y aurait un fil conducteur : on a besoin d’être là le départ pour voir les choses dans leur globalité. On ne peut pas travailler par petit morceau. C’est ce qui m’a plu quand j’ai décoré la Poterne même si c’est un tout petit espace.

L’objet dont vous ne pouvez pas vous passer ?

J’ai une faiblesse terrible pour la vaisselle, c’est mon talon d’Achille.

Vous savez, lorsque j’invite quelqu’un à dîner, je commence toujours par la table avant même de savoir ce que je vais préparer. Même quand on est que tous les deux. Et Alain (ndlr : son mari) me dit : « Mais enfin Anna qui vas-tu recevoir aujourd’hui ?? » Je ne peux pas m’en empêcher… j’adore ça ! Ah oui… que voulez-vous, on ne se refait pas ! Ça et les draps, les draps anciens en lin…

Et si vous nous en disiez un peu plus sur votre parcours ? Qu’est ce qui vous a amené à faire ce métier ?

Ce n’est pas du tout un métier, c’est une question d’envie. Je me suis dit pourquoi pas moi ? Parce que j’aime vraiment ça ! C’est vrai que j’aime décorer les intérieurs, j’aime bien créer, même pas « décorer » à proprement parler mais donner une âme au lieu.

Mais moi au départ, je ne suis pas déco ! Je me suis trimbalée dans plein de pays, j’ai vu de très beaux endroits. Ma vie est dans la déco par la force des choses.